par marie | Vendredi 23 avril 2010
‘Avec ou sans robe’, une nouvelle création de la compagnie Pulsion public qui est soutenue par les Pratos dans le cadre de son dispositif Fabrika mémoire*. Ce spectacle se présentera sous la forme d’une fresque muette, un parcours chorégraphique et déambulatoire, au cours duquel sera illustré la question de l’engagement du mariage et de son sens au fil des générations.
Afin de mieux comprendre ce travail mené par les quatre comédiennes, nous avons rencontré Jennifer Leporcher, une des comédiennes en charge du projet, lors de leur résidence à la ferme des Pratos. Elle nous parle des créations de la compagnie, et du regard que les comédiennes portent sur la place de la femme dans notre société.
Les Pratos : Votre précédente proposition Gniah, les sorcières traite la notion du positionnement de la femme dans la société, des clichés qui entourent la vie de couple, des rapports entre les hommes et les femmes. On sent que dans votre texte, vous êtes un peu dans la critique de ce rôle qu’occupe actuellement la femme, femme objet, femme fantasme, femme au foyer… Est-ce un combat contre la place qu’occupent les femmes?
Jennifer Leporcher : On ne fait pas un combat, on est des femmes et au travers de l’auto critique on parle de la société dans son ensemble. Aujourd’hui, la femme a acquis des droits et une autonomie qui change la société. Que faisons-nous de ces changements, qu’en fait la société, sont-ils vraiment acquis, pourquoi faut- il toujours les revendiquer, quelles sont les dérives ? Voilà ce qui nous anime… On ne revendique rien, on bouffonne, on est des miroirs de fête foraine.
Les Pratos : Vous travaillez actuellement sur une nouvelle création qui aborde encore une fois la femme puisqu’il s’agit du mariage. Pourquoi avoir choisi à nouveau un thème qui traite de la femme ?
J.L. : Sans doute par ce que nous avons encore des choses à dire sur le sujet. Nous prenons cette fois un autre angle de vue. Nous ne faisons pas un spectacle sur le mariage, nous nous questionnons sur l’engagement. Comment la femme le vit-elle aujourd’hui comment le vivait-elle il y a 50 ans, 30 ans ou 10 ans ? Transmettre ce qui nous touche, nous fait rire, nous exaspère. Nous avons envie de poursuivre et d’approfondir ce quartet artistique féminin. Peut-être est ce la seconde pièce d’un tryptique ?
Les Pratos : Comment va se présenter cette proposition qui s’intitule ‘Avec ou sans robe’ ?
J.L. : « Quatre mariées chargées de leurs passés vont à leurs noces. C’est le grand jour, leurs cœurs battent étrangement, leurs jambes se dérobent, leurs esprits vagabondent. Elles sont assaillies de questions, d’images du passé, de projections rêvées, de peurs enfouies.
Trois minutes infernales qui s’étirent. Tout se bouscule sur le chemin du « oui ». C’est ce moment extrême qui se jouera. Sans mot, l’acteur de la pensée, du corps dépassé par l’émotion, le son du sang qui se retourne dans les veines.
Nourries de témoignages, elles transpireront dans les rues ce phénomène immuable d’engagement à l’autre. Qu’il soit avec ou sans robe. Projeter ces moments uniques, pleins d’adrénaline qui nous font vivre. Un parcours émotionnel qui figure le long chemin parcouru entre les mariages d’hier et ceux d’aujourd’hui.
Une scénographie surréaliste mettra en exergue l’éphémère de ce jour qui dure toujours…
Les Pratos : Pour nourrir votre spectacle, vous avez rencontré des femmes du territoire de la Bretagne Romantique, comment se sont déroulés ces échanges, qu’en est-il ressorti ? et comment avez-vous vécu ces rencontres ?
J.L. : Les rencontres se sont toutes bien passées. C’était simple, riche et touchant. Chacune à une histoire singulière même si on note des similitudes selon l’époque ou le cadre social. Ce qui est très signifiant c’est la différence entre le mariage étape obligatoire pour que les femmes aient une place dans la société, et le mariage d’aujourd’hui plus symbolique que nécessaire.
Chaque histoire nous a touché de par la manière dont elle nous est racontée ou de par son contenu. Ce sont souvent les détails qui bouleversent.
Les Pratos : Pourquoi avoir choisi une proposition en déambulation dans la rue plutôt qu’un spectacle en salle ?
J.L. : Le thème s’inscrit directement dans l’espace public, c’est un évènement social. Et puis nous on aime la rue avec ses contraintes et les libertés qu’elle propose.
Les Pratos : Vous présentez une première ébauche de votre travail le 11 mai lors des Pots Potins, qu’allez-vous donner à voir au public lors de cette étape ?
J.L. : Le 11 mai sera vraiment un rendez-vous pour expérimenter le chœur de mariées, en saisir sa portée, confronter la matière à la rue et expliquer vers qu’elle forme on va et quel est notre processus de création.
Les Pratos : Comment va ensuite évoluer votre travail sur cette création ?
J.L. : A l’automne on poursuivra le travail de récolte de témoignages, d’écriture de la pièce et de tests in situ. Pour l’heure on cherche des co-producteurs. Début 2011 on rentrera en création.
Les Pratos : Pour quand est prévue la sortie de fabrique ?
J.L. : En mai ou juin 2011 si on se sent prêtes et si nous avons assez de partenaires. On exclut pas le fait que ça sorte plus tard dans sa forme définitive. On a besoin de temps pour pousser notre recherche de « langage ».
Les Pratos : Pouvez-vous nous présenter l’équipe ?
J.L. : Nous sommes quatre à l’origine du projet : Charlotte Cabanis, Maud Jégard, Josette Lefèvre et moi. J’ai été désignée chargée du projet. A l’heure d’aujourd’hui nous travaillons avec Benoit Armange pour la mise en mouvement, Véronique Chabarot en direction d’acteur, Carine Delaunay aux costumes, Mickael Soutiff recherche scénographique, Raphael Cnudde à la technique, Vent d’étoiles à l’administration, Mael de Terra Deva pour les robes, et nous cherchons notre créateur musical.
* Ce dispositif est développé par Les Pratos depuis 2008, chaque année, il propose un projet artistique et/ou culturel visant à mettre en valeur des mémoires du territoire de la Bretagne Romantique par une pratique artistique avec les habitants. Plus d’infos : cliquer ici